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La compétition deviendrait-elle "has been" ?

Mais où sont passés les compétiteurs ? Depuis quelques années déjà, l’analyse des divers palmarès des différentes disciplines de la ff Tir nous montre une baisse très nette du nombre d’engagés aux compétitions amicales et ou officielles. Le tir à 25 mètres et à 50 est en chute libre ce qui conduit parfois les ligues à "brader" le barème qualificatif voire les supprimer pour rendre "open" l’accès à la compétition et remplir les caisses. La fédération tente de trouver de "nouveaux marchés" en développant de nouvelles disciplines comme le Tir aux Armes Réglementaires, le tir de vitesse à 10 m, l’arbalète field mais ne semble y faire. La compétition serait elle devenue un acte "has been" ?

En regroupant certains témoignages d’une époque que je n’ai pas très bien connu au niveau du tir puisque j’ai débuté en 1992, tous évoquent les années 80 comme l’âge d’or de la compétition. En ces temps là , pas d’absentéisme : il fallait réserver sa place pour participer aux challenges comme les Sables d’Olonnes ou bien Nantes pour ne citer qu’eux. 350 à 400 tirs en un week end étaient monnaie courante ! On retrouve d’ailleurs cet esprit dans les JO de cette époque (Moscou 1980 puis Los Angeles 1984) ou la rivalité (pacifique) semblait encourager le goût de l’effort. J’imagine que cette période était plus en phase avec le dépassement de soi dans son travail comme dans son sport ; c’est ce j’appellerais les années TAPIE (squash, gym tonique et golden boys..) ; autant de comportements qui semblent se démoder .

Comment enrayer le phénomène ? Les assises du tir (qui tiennent debout) qui ont eut lieu cet hiver tentent d’apporter des solutions. Un vent de "révolution culturelle" se prépare pour proposer de nouvelles activités plus ludiques et moins contraignantes via un possible regroupement d’activité de jeux d’adresse. Grand principe de fonctionnement très en vogue par les temps qui courent : "pour limiter la concurrence il faut s’associer" Alors à quand une super fédé mélangeant comme autrefois les tireurs, les arquebusiers, les archers, et les lanceurs de billes biodégradables ? Association de bienfaiteurs délicate, compte tenue d’une culture bien différente en matière de manipulation d’arme. Le monde du pistolet à bille et celui 22 Lr est séparé par la culture de la sécurité enseignée dans tout bon stand de tir digne de ce nom. En revanche, si cela fonctionne il y à fort à parier que les détenteurs d’arme à bille du dimanche changent leur fusil d’épaule dans l’attitude qu’ils ont à manipuler l’outil qui leur sert à crever des ballons dans un temps record.

L’un des maîtres mots des assises du tir était "fidéliser". Les détentions d’armes y contribuent pour beaucoup il faut bien le dire. Les 3 tirs de contrôle imposés pour valider une assiduité administrative sont encore le fond de commerce de notre fédération. Remarquez, difficile de demander plus quand on connaît les obligations des forces de l’ordre en matière d’exercice de tir…Je ne donnerai pas plus ici d’arguments pour apporter ce qui pourrait sembler des solutions salvatrices, je n’en ai pas la prétention. C’est juste le regard d’un entraîneur sur une situation à un instant "T". Ce message et ce forum représente un petit apport personnel, une contribution pour que le discobole représente encore quelque chose.

Mais où est donc le dépassement de soi et la compétition la dedans ? Car le sport c’est aussi ça et d’abord ça : repousser ses limites physiques et intellectuelles du moment pour atteindre l’inaccessible. Se sentir grandit par le goût de l’effort et apaisé par le sentiment d’accomplissement, même si la victoire n’est pas au bout du canon. Vous allez penser que je sombre dans la nostalgie d’une époque que j’ai connue au commencement de son déclin ! Peut être, ce doit être mon coté utopiste. En attendant je vous invite à relire le résultats des études de M.E Thill et J Brenot 1983 pour mieux comprendre ce sentiment.

Elles sont devenues rares les personnes qui, fidèles à cette idée, se retrouvent face à leur cible, coudes meurtries, plantés dans le tapis à tenter d’enfiler les dix avec la même volonté qu’un coureur de fond qui, dans la côte, face au vent, tente de rattraper le temps. Ou encore ces silhouettistes qui pour s’entraîner sont prêts à installer une tonne d’acier sur pattes avant d’aller s’allonger sur le dos pour s’adonner enfin aux "dominos", faire tomber une à une la ménagerie métallique, bercés par le tintement de l’impact sur la cible touchée puis tombée pour ensuite renouveler la balade et reprendre le relevage fastidieux tout en cherchant à comprendre la raison qui leur à fait manquer le fameux dindon de la farce.

"Oh la crise !" Le marasme économique, le crédit à la consommation qui bride les ménages, le souhait d’être joignable et disponible à toute heure via le portable dopé par d’innombrables gadgets sensés nous rapprocher, semblent être incompatibles avec de telles aspirations. Tous ces fléaux réunis nous rognent notre liberté et le plaisir de vivre de vraies rencontres et de réelles émotions. Ah, elle a bon dos la crise ! Ah elle à bon dos la société de consommation ! En attendant, je le constate chaque jour : le nombre de licenciés ne baisse pas preuve d’un certain attachement à faire parti d’un club ; en revanche, l’assiduité n’est plus la même surtout dans les grandes agglomérations où prendre sa voiture devient un réel problème. Personne ne trouve plus le temps à rien car trop occupé à consommer (dans la mesure du possible) des produits que l’on pourrait juger comme sans intérêt, sans histoire, sans âmes.

Le coût des armes de compétitions dépasse souvent le SMIC sans parler du coût des munitions ; c’est là aussi un frein à la fréquentation des stands. Le budget d’un compétiteur est parfois très élevé et les cartouches "low cost" ne font pas faire les "40" tant désirés par les chasseurs de creusabro. Beaucoup de tireurs passionnés consentent à des sacrifices qui dépassent souvent leurs moyens financiers pour espérer accéder un jour au St Graal. Certains tireurs coulent même leurs balles. C’est bien connu, l’aisance financière ne fait pas tout mais elle y contribue. Un amis me disait encore ce week end : "Je ne fume pas, je ne joue pas aux tiercé : je peux me payer mes cartouches". C’est vrai que l’ami est un dur à cuire et je rend hommage à sa ténacité et son sens de la perfection dans le tir.

Les baptêmes de tir en croissance témoignent de l’envie d’essayer une activité sans pour autant s’engager et vivre ainsi l’espace de quelques cartouches les sensations viriles procurées par un 357 magnum. Le tir à 10 mètres reprend du service. Son coût peu élevé et le prêt des armes de club y sont pour quelque chose. Il permet probablement de retrouver une certaine harmonie dans un lieu où le silence se rapproche de celui des bibliothèques et où le rythme de tir est y est plus personnel. Les armes à lunette et à bipieds remplacent depuis longtemps le dioptre et la bretelle, preuve d’une société en quête de résultats faciles. Pour tout vous dire je connais même des stands dotés de 300 mètres où les tireurs n’utilisent principalement que le 100m, voire le 200 m grâce au T.A.R mais jamais la pleine distance : c’est vous dire qu’ils ne sont pas prêts d’aller chercher leur pain à pied.

Pour conclure ce petit sujet et en revenir à la compétition je pense qu’il faut revenir à une politique plus ferme en matière d’inscription des jeunes en école de tir en leur imposant notamment la participation à la compétition faute de quoi le club se refuse à renouveler le contrat qu’est la licence de tir. C’est un moyen comme un autre de fidéliser tout en promouvant les valeurs olympiques. C’est aussi le moyen de "rentabiliser" l’investissement d’un moniteur dans son action pédagogique et inciter les plus jeunes à vivre, partager des émotions pour apprendre à se contrôler et développer ainsi leur capacité de concentration. Le résultats importe peu, la progression est source de motivation. C’est quelque chose que nous avons testé et qui je dois dire fonctionne pas trop mal dans une grande agglomération. (Trop grande d’ailleurs pour faciliter un 2ème entraînement dans la semaine et favoriser de meilleurs résultats). Dans la mesure ils se sentent bien dans le club il n’hésitent pas à jouer le jeu.

Les clubs sont une garantie du sport, et pour cela rien de mieux que d’encourager et soutenir la création de petites structures sobres (10m). Pour se développer il faut multiplier "les points de vente" même s’ils il ne fonctionnent que le samedi après midi : ils constituent une offre susceptible de grandir. Quand les distances à parcourir sont trop grandes, les passions s’estompent avec le temps qui séparent les entraînements. Attention de ne pas retomber dans une célèbre fable ou la grenouille trépasse des suites d’un orgueil démesuré. Ne cherchons pas à construire de gros stands 25/50m voire 100 m à tous les coins de rue. Gardons ces projets coûteux pour de l’inter-communalité si le besoin s’en fait sentir. Bien sur ce genre d’action n’est pas réalisable sans l’aide de bénévoles militants, engagés, assistés ou non par du personnel à plein temps.

Pour se donner le temps de trouver quelques volontaires de plus et pour maintenir un flux de participation minimum lors des compétitions, les clubs attendent parfois le dernier moment pour envoyer la fiche d’inscription au département. C’est à chacun de se prendre en charge et ne pas attendre que quelqu’un sonne le réveil pour penser à s’engager aux compétitions locales. La compétition est UN ACTE VOLONTAIRE. Personnes ne doit être prié pour participer. Des habitudes consommatrices malsaines se propagent aux mépris des règles d’organisation d’une compétition.

La compétition c’est une peu comme de la poésie à savoir : " (…)On ne lit pas et on écrit pas de la poésie parce que c’est joli mais parce qu’on fait parti de l’humanité (…)" (le cercle de poètes disparus Peter WEIR 1989).

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